Pâques avec les Pères du Désert

A l’école de Jean Cassien

Fondateur de deux monastères à Marseille, Jean Cassien, né vers 360 au nord de la Mer Noire, a passé quinze ans à l’école des Pères du Désert. Ses Conférences nous font goûter leur sagesse.

La balance

Quelle joie ! La fête de Pâques est de retour. Nos estomacs jubilent. Les cloches de Rome nous gratifient de lapins, de poules et d’œufs en chocolat ! Vous ne serez pas surpris si je vous apprends que les Pères du Désert appréhendaient le Temps Pascal. Non qu’ils craignaient, comme beaucoup de nos contemporains, de gagner quelques kilos. Les gâteries qu’ils s’accordaient à ce moment de l’année étaient bien limitées. D’après eux cependant, les douceurs insolites de la bonne chère peuvent réduire à néant les effets du Carême.

Pour Abba Theonas, « le poids des délices » affaiblit le dynamisme spirituel. La recherche excessive de bien-être atrophie le désir de Dieu, diminue la vigilance intérieure. L’inverse est vrai aussi, rappelle-t-il. L’austérité violente obtenue au prix de « violentes convulsions de l’estomac » manifeste un manque de respect pour notre corps. Dès lors, comment doser avec justesse l’ascèse et les plaisirs ?

Afin de répondre à cette question, Abba Theonas compare notre conscience à une balance. Notre conscience veille à une juste proportion entre l’effort et les régals. Sur l’un des plateaux de notre balance intérieure sont pesés nos renoncements. Sur l’autre plateau est mesurée notre santé, notre vigueur corporelle. Notre harmonie intérieure advient dans l’équilibre de ces ingrédients.

Le philosophe grec Aristote affirmait déjà que la vertu – le comportement juste – suppose un « équilibre entre deux extrêmes ». L’image de la balance s’inspire d’une sagesse séculaire, prudence dont le chrétien ne pourrait s’exempter. « Qui veut faire l’ange fait la bête », rappellera le philosophe Pascal au 17eS. La recherche du Christ ne doit pas nous mener à « discipliner » notre corps sans discernement.

Et la fête, peu présente au Désert ? Pour Jean Vanier, fondateur de l’Arche, elle « est un moment d’émerveillement où la joie du corps et des sens est liée à la joie de l’esprit ». Agréables au palais, le gigot d’agneau pascal et les œufs en chocolat vont de pair avec la rencontre, l’amitié, la joie de nous retrouver. Et si, cette année, nous redonnions sens aux gourmandises de Pâques ?

P. Thibault Van Den Driessche, dans Prions en Eglise, n°388, avril 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s