L’Orfèvre

A l’école de Jean Cassien

Fondateur de deux monastères à Marseille, Jean Cassien, né vers 360 au nord de la Mer Noire, a passé quinze ans à l’école des Pères du Désert. Ses Conférences nous font goûter leur sagesse.

L’Orfèvre

Possédez-vous ciselets, mandrins, bigornes et autres recingles ? C’est possible… si vous êtes un orfèvre. Utiles à l’artisan, nous-dit Abba Théonas interrogé par Jean Cassien, ces outils « deviennent de vains hochets entre les mains ignorantes de la science de l’art ». De même, le jeûne devient stérile si sa pratique ne tient pas compte des événements.

Les Pères du Désert mangeaient sobrement : du pain agrémenté de sel ou d’huile d’olive, et quelques légumes… Leurs jeûnes n’avaient pas pour raison d’être, comme les « séjours détox » proposés sur internet, l’élimination des toxines ou le renouvellement du microbiote intestinal. Pour Abba Théonas, « l’abstinence est un bon traitement à appliquer à la chair pour arriver à la charité ». Le jeûne est un outil favorisant l’art de la miséricorde, l’art de la bonté.

S’il ne nous stimule ni à aimer Dieu ni à aimer notre prochain, avertit Abba Theonas, le jeûne est suspect. Il peut être motivé par le souci de paraître. Telle est la situation de ce moine qui refusait de le rompre les jours de fêtes religieuses, cherchant à « s’acquérir un renom de sainteté par la vaine ostentation » de son « visage pâle et défait ».

Dans certains cas, les Pères du Désert conseillent de manger. Sous peine d’être « cruel et homicide », le moine épuisé et faible doit se nourrir pour refaire ses forces. De même, une visite impromptue peut conduire à interrompre le jeûne : « Voici venir un frère. C’est le Christ qu’en sa personne nous devons recevoir avec la plus aimable charité ». A ces paroles font échos celles de saint Vincent de Paul (17eS) aux Filles de la Charité, amenées à quitter la prière pour le soin d’un malade : « Ce n’est point quitter Dieu que quitter Dieu pour Dieu ».

Véritable travail d’orfèvre, le jeûne demande tact et finesse. Dans certaines circonstances comme la maladie ou l’hospitalité, il prendra une autre forme, plus fondamentale, celle du renoncement à notre amour-propre. Cette année, comment vivrons-nous le Carême ? Et si les paroles d’Abba Theonas nous aidaient à vivre le jeûne avec davantage d’amour et de sagesse ?

P. Thibault Van Den Driessche, dans Prions en Eglise, n°387, mars 2019.

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